Gokusen [Manga de Kozueko Morimoto]

Gokusen, le « GTO au féminin » selon certains. Mais Gokusen c’est bien plus que ça…

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est gokusen-cover.jpgÇa raconte quoi?

Comment remédier aux problèmes qui surviennent dans les lycées difficiles ? Le lycée Shirokin semble avoir trouvé la solution : Gokusen.

Contraction de « Gokudo no Sensei » qui signifie littéralement « professeur gangster » ! Derrière ses lunettes et son air maladroit, Kumiko Yamaguchi, la nouvelle prof de maths de la classe 3-D, est aussi l’héritière d’une puissante famille de yakuza.

Gardant le secret de ses origines, elle devra jongler avec les deux facettes de sa vie en s’occupant d’une classe de délinquants !

Verdict :

Préambule :

Ça faisait longtemps que je voulais écrire un billet sur Gokusen. L’invitation du Club Shōjo à la semaine du Shojo a été le coup de pied salvateur et le prétexte idéal qui m’as mis le pied à l’étrier…

Le thème de cette année « Quel(s) shôjo te donne(nt) le plus envie de voyager ou t’invite(nt) le plus à l’évasion ?  » ne semble pas de prime abord coller à Gokusen. Pourtant si on prend le mot évasion au sens figuré, et bien, on est pile dedans.

Car Gokusen c’est un pur moment de distraction et d’évasion…

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est evasion.jpg


Gokusen est un Josei manga de Kozueko Morimoto prépubliée dans le magazine YOU entre 2000 et 2007. Si le titre qui compte 15 tomes est relativement passé inaperçu par ici, au Japon le titre est un franc succès duquel a découlé une adaptation animée en 2004, un drama sur trois saisons, et un film live en 2009. Ici c’est publié version manga par Kazé et dispo en numérique.

Le titre est souvent présenté comme un « GTO au féminin », Et si c’est pas totalement faux, c’est très réducteur car dans le fond, a part le cadre scolaire et fait que ce soit des profs aux background atypiques et qui réagissent en fonction de ces backgrounds, la comparaison entre les deux titres s’arrête là… Là où Onizuka devenait professeur par intérêt, Yamaguchi le devient par vocation et la nuance a son importance…

On suit donc les pérégrinations de Kumiko Yamaguchi, jeune femme fraichement diplômée et qui hérite comme premier poste d’un lycée réputé difficile : Shirokin qui serait infesté par des racailles qui terrorisent les enseignants. Déjà que généralement les nouveaux profs sont bizutés et mis à l’épreuve, mais quand on est une jeune prof lâchée au milieu d’un essaim de racailles, on est une victime toute désignée…

Sauf que la jeune prof en question est la petite fille du chef d’un clan Yakuza. Alors les coups de pression et l’intimidation elle connait et elle gère, elle a grandi avec des yakuzas donc c’est pas des petits délinquants qui risque de l’impressionner. Rapidement surnommée « Yankumi » par ses élèves, notre jeune prof va devoir jongler entre sa carrière scolaire et ses obligations envers le clan. Et bien évidemment, sans que personne -et surtout pas ses élèves- ne se doute de ses origines mafieuses…

Si on suit le parcours de Yankumi entre prof et Yakuza, le titre à cette capacité de mêler avec talent les deux univers et jouer avec les contrastes entre ceux-ci. Et si le coté scolaire, comme la relation avec les élèves et les profs, où trouver sa place dans ce nouveau job est clairement exploité, le coté Yakuza n’est pas anecdotique dans l’histoire, c’est même une partie prenante du récit. Et même si c’est un clan Yakuza au sens noble du terme, il est quand même question de luttes de clans, de rivalités, de tentatives de meurtre etc. Et avec un grand-père malade, Yankumi aura fort a faire pour assurer ses obligations envers le clan. En plus de devenir une prof émérite…

Parallèlement a ce double parcours, vient assez rapidement se greffer une jolie petite romance, compliquée et ambiguë juste comme il faut. Et mêlée,au parcours déjà délicat de Yankumi, ça ne va pas faciliter les choses…

Pour appuyer et nourrir son récit, Kozueko Morimoto, crée une sacrée palette de personnages variés. D’abord Yankumi qui derrière ses grandes lunettes rondes et ses couettes, cache un sacré tempérament (qui a dit violent?), qu’elle laisserait bien éclater mais qu’elle doit tant bien que mal cacher au lycée, Shin le beau gosse de la classe, qui a rapidement remarqué que Yankumi pourrait bien ne pas être qu’une simple prof timide et maladroite, sa collègue avec son franc-parler et son décolleté bien fourni qui n’hésite jamais a en jouer, le grand-père, chef de clan à l’ancienne, ses hommes, les lycéens, les autres profs, les rivaux du clan etc. tous ces personnages contribuent a alimenter le récit. Et l’auteure n’oublie pas de mettre en place un background dense pour certains personnages, qui viendront pour beaucoup, donner de l’ampleur à l’intrigue principale. De plus, ces différents personnages contribuent aussi a cadrer le récit, selon qu’on sois du coté scolaire ou yakuza de l’intrigue… Si le décalage entre prof et héritière d’un clan est une forte composante du récit, le titre ne se repose pas uniquement sur ce ressort et de nombreuses histoires annexes viennent émaillées et nourrir le récit.

En effet, Gokusen joue avec de nombreux codes, employant des ressorts propres aux comédies scolaires, aux histoires de Yakuzas, au furyō, ou encore aux rom-com, ce qui donne un titre riche, dynamique et rythmé, qui ne se refuse rien et ose toutes les extravagances. Le récit alterne entre les principales intrigues (ou les mêles) via de minis arcs narratifs entrecoupés de passages plus légers ou totalement étranger à l’intrigue, mais tout en respectant une certaine trame narrative. Le tout, largement saupoudré d’humour, d’action, de passages introspectifs, de romance etc. Même si certaines histoires sont parfois un peu lisses et qu’on croise quelques inévitables poncifs (comme la fermeture possible du lycée), la série livre de belles histoires et de beaux messages et grâce a cet audacieux mélange de genres, n’est jamais ennuyeuse. Le fait d’alterner régulièrement entre trame scolaire et trame Yakuza permet au récit de ne jamais réellement s’enliser et la série peut parfaitement repartir sur un axe totalement différent dès le chapitre suivant.

Alors oui, dans le fond ça ne révolutionne rien, mais c’est pas le but non plus. Gokusen c’est un truc efficace, marrant et rythmé, où le récit et les intrigues sont claires et fluides, compliquées juste ce qu’il faut pour être intéressantes et prenantes. Avec ce qu’il faut d’action et d’humour pour lier le tout.  Ça nous donne un truc frais, amusant, pas prise de tête, usant du meilleur de certains genres, pour nous livrer une chouette histoire, quelques beaux messages, de belles valeurs, une belle aventure, une jolie histoire de cœur mais surtout un pur moment d’évasion…

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est gokusen15-2.jpg

Niveau dessin, c’est sobre, limite minimaliste. L’auteure va a l’essentiel a ce niveau et les cases sans décors ne sont pas rares. Mais étant donné qu’une bonne partie de l’histoire repose et avance surtout via les dialogues, c’est pas spécialement gênant non plus. Me faites pas dire ce que j’ai pas dis, le dessin a son importance et Kozueko Morimoto illustre parfaitement ses cases et choisi avec soin ce qu’elle met en scène. Le dessins sert le récit et les dialogues de manière très efficace au contraire. Juste que l’auteure va à l’essentiel a ce niveau et il faut souligner le travail sur les expressions des personnages qui est au top et il n’est pas rare de croiser un gag visuel au détour d’une page. Le découpage est a l’avenant, sobre, simple et efficace, au service de la narration.

Dispo intégralement en numérique sur Iznéo, l’édition papier de Kazé est quand a elle, franchement pas mal pour son prix. Grand format (type Perfect édition) avec la petite page couleurs qui va bien, le tout sur un papier correct. L’impression par contre pêche un peu, bave sur certains tomes et pourrait être plus noir. Mais le tout coute a peine 7.99€. Chez Kazé, c’est classé dans leur collection Seinen pourtant Gokusen est bien un Josei, mais comme toujours il ne faut pas se limiter à ça, le manga c’est vaste et varié et y’a du bon et des titres a découvrir dans tout.

Perso, dans Gokusen j’ai retrouvé tout ce que j’aime et que je recherche dans ce genre de titres ; une héroïne de caractère qui agit sans réfléchir, pleine de grands principes et prête à les défendre, des voyous à l’amitié indéfectible qui sont prêt a tout pour leurs amis, des yakuzas bardés de tatouages et de cicatrices mais qui au final ne sont pas si méchants que ça, de la baston, de la rigolade, de belles valeurs, et la petite histoire d’amour parfaitement menée de bout en bout… Le tout emballé dans un chouette manga, à l’histoire efficace et bien menée, qui fait parfaitement son job premier; détendre et divertir. Et susciter un petit pincement au cœur quand on referme le dernier tome et qu’on quitte cette bande de fous furieux…


Merci à Nico pour la proposition, Club Shōjo pour l’initiative et profitez-en pour découvrir les autres participants et leurs billets pour la  « La semaine du Shōjo 2021 » cela pourrait vous donner des idées de lectures :

13 commentaires

  1. Coucou ^^ Tout d’abord, je te remercie d’avoir accepté notre invitation à l’événement interblog ! Très bel article qui parle avec passion de Gokusen !

    Je t’avoue avoir suivi de loin sa sortie – alors qu’il m’intéressait plutôt bien, mais sans sauter le pas. Je ne sais pas trop pourquoi, mais c’est comme d’autres séries que je regrette un peu de ne pas avoir prises à l’époque de leur sortie. 😥 Comme elle est dispo en numérique je me laisserais bien tenter ^^

    Ça a l’air vraiment drôle – au vu de la galerie de personnages ! Merci beaucoup pour la découverte !

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