Gekiga Fanatics [Manga de Masahiko Matsumoto]

J’fait partie de ces gars qui aiment savoir d’ou viennent les trucs qu’ils kiffent. Et Gekiga Fanatics raconte comment est né le Gekiga qui est un peu l’ancêtre du Seinen…

Ca raconte quoi ?

Ôsaka, fin des années 1950. De jeunes mangakas vont participer à la création d’un genre nouveau qui révolutionnera la bande dessinée japonaise : le gekiga. En partie autobiographique, Gekiga Fanatics se concentre sur trois mangakas encore inconnus à l’époque : Yoshihiro Tatsumi – L’Enfer, Une vie dans les marges (Cornélius), Takao Saitô – Golgo 13 (Glénat), ainsi que l’auteur lui-même, Masahiko Matsumoto – La Fille du bureau de tabac (Cambourakis). Extrêmement documenté, le livre décrit avec justesse et précision les doutes et les difficultés qu’affrontent de jeunes auteurs exigeants et passionnés, qui refuseront toujours de renoncer à leurs rêves.

Pourquoi c’est bien ?

D’abord un bla-bla technique :

Le Gekiga  -littéralement dessins dramatiques – est un style de manga créé dans les années 50-60 et dont la cible éditoriale est les adultes. En effet, à l’époque le manga est principalement destinés aux enfants ou en tous cas à la jeunesse. Une poignée d’auteurs décide de changer les choses et commencent a publier des histoires aux thèmes et dessins plus murs et réaliste à destination des adultes. C’est via le Gekiga que se sont développés les seinen manga mais pour autant tous les seinen ne sont pas du Gekiga.

C’est des premiers pas et de la création de ce nouveau genre dont il est question dans cet ouvrage très bien réalisé. Déjà on peut noter que ce n’est pas quelqu’un d’extérieur a cette création qui nous raconte ce morceau d’histoire, non c’est raconté par Masahiko Matsumoto qui a vécu de l’intérieur ce changement vu qu’il faisait partie du noyau dur qui a créé le genre. Pourtant ce n’est pas une autobiographie mais un récit sur une période de sa vie. Et il ne raconte pas que sa vie.
Il nous raconte la difficultés, les déboires, les sacrifices, les désillusions de 3 personnes aimant si passionnément le manga et ayant tellement a cœur de renouveler celui-ci et de l’inscrire dans son époque et dans la durée, qu’ils sont prêt a tout pour le faire…
Et le chemin ne sera pas simple pour s’éloigner du « story manga » de Osamu Tezuka et créer leur propre voie.

Ce que ce livre nous raconte c’est la naissance, la genèse du Gekiga, comment il s’est monté petit a petit, entre échecs et succès. Certes c’est fait de manière romancé et parfois modifié (certains noms ont été changés P.EX) mais pourtant de manière très frontale et directe. Tout est expliqué et très bien expliqué ! Du fonctionnement des Kashibonya (librairies de prêt, un peu comme les manga-kissa), les circuits de publications au sein de ces mêmes librairies, le fonctionnement des éditeurs à l’époque ou encore la situation et la réception du manga aux yeux du grand public (spoiler ; Ils n’aimaient pas ça et disait que ça pervertissait la jeunesse), tout est didactiquement et efficacement expliqué, notamment grâce a une traduction hyper fluide signée Miyako Slocombe. Les termes techniques ou les références a des auteurs sont légendés dans les marges….

Car c’est perclus de références et mème en ayant une assez bonne connaissance du truc, certains auteurs ou œuvres cités sont tellement pointus que ces clefs de compréhension sont plus que bienvenues. Et on apprend un paquet de trucs en lisant Gekiga Fanatics, et des trucs importants qui ont posés des jalons dans l’Histoire du Manga. Parce que sans le Gekiga et la passion de cette poignée d’auteurs, pas sûr que le paysage Manga aurait la même gueule aujourd’hui, tant ce courant a influencé le Manga de manière globale et durable.

Si vous avez envie d’en savoir plus sur ce pan important de l’histoire du Manga mais sans vous plonger dans des encyclopédies ou des analyses traitant de la chose, Gekiga Fanatics fait parfaitement le job. En plus c’est loin d’être chiant ou scolaire, grâce aux nombreuses anecdotes et petit bouts de vie qui parsèment le récit mais surtout et avant tout parce que c’est super intéressant et bien fait.

Certains seront rebuté par le dessin un peu vieillot mais ca date de 1979 et puis ils ont un certains charme désuet qui colle parfaitement au propos. La narration peut aussi surprendre, mais c’est parce que chaque chapitre est construit comme un histoire unique ayant sa finalité. Même si ça raconte une période ou un événement précis, chaque chapitre peut être pris individuellement et est construit pour se suffire à lui-même.

Niveau édition, c’est du Le Lézard Noir donc de qualité. Couverture cartonné, papier de qualité et tout le toutim font de cet œuvre un superbe objet. Comme je l’ai dis plus haut, c’est richement légendé mais le tome contient aussi une très intéressante postface ou se côtoient les biographies des protagonistes ou les déclarations de Sho Onoda mais surtout celle de Takao Saito qui fait partie des 3 auteurs fondateurs dont il est question dans ce récit et qui n’a pas sa langue en poche. Le tout sur une traduction super fluide de Miyako Slocombe…

En résumé Gekiga Fanatics nous raconte un moment charnière et fondateur dans l’histoire du Manga moderne et est à lire par tous les passionnés de la chose !

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