Ma vie en prison [Manhwa de Kim Hong-Mo]

Ca fait longtemps que la lecture d’un truc m’avait pas autant remué ou m’être fait poser autant de questions… Ma vie en prison est une lecture qui ne laisse clairement pas indifférent.

Ca raconte quoi?

Corée du Sud, mai 1980. En pleine période d’instabilité politique, des manifestations d’étudiants et de syndicats réclament la fin de la corruption et la révélation des malversations de l’état. Le gouvernement militaire sud-coréen leur oppose une répression violente. À Gwangju, 6e plus grande ville de Corée du Sud, l’armée avec le soutien de la loi martiale perpètre un véritable massacre : 163 morts, 166 disparus et plus de 3 000 blessés.
17 ans plus tard, révolté quand il se rend compte de la gravité de ces faits et de l’impunité de leurs responsables, Yongmin, jeune dessinateur et étudiant à l’université de Hongik, délaisse ses études pour rejoindre les mouvements étudiants de protestation, réclamant justice. Lors d’une manifestation, il est arrêté par la police et incarcéré. Il rejoint alors une cellule où il va devoir se familiariser avec les gangsters, meurtriers et autres détenus de droit commun !! L’auteur nous offre une plongée dans l’histoire contemporaine de la Corée du Sud.

Mais c’est surtout une saine piqûre de rappel : la liberté d’expression est un droit chèrement acquis et qui n’est jamais irrévocable !

Verdict:

A la vue du titre, du thème, et à la lecture de la très complète préface je m’attendais à lire un récit lourd et pesant… Surtout vu le contexte évoqué ici: les révoltes estudiantine en Corée du Sud et tout ce qui y est lié.

Et en fait j’ai été happé par un récit certes dur dans son propos mais néanmoins optimiste. Et je dis bien happé. Car le récit qui est contenu dans ce one shot est autobiographique et raconté un peu à la manière d’un journal. Mais pas un journal simplement à charge, non un journal qui raconte tout depuis l’arrestation jusqu’à la libération. Que ce soit le fonctionnement de la maison d’arrêt, la vie et la hiérarchie des détenus, le contexte politico-social, Kim Hong-Ho nous livre ici un récit complet bien que très romancé. Il livres aussi se états d’âmes , ses doutes sur le bien-fondé de son combat ou sur s’il faut continuer à lutter etc. Pourtant, il n’oublie pas de pointer « là ou ça fait mal » et prend soin de tout contextualiser, et livre toutes les clefs pour saisir ce qui a mené les étudiants comme lui à se révolter. Et ces révoltes comme les raisons de celle-ci, faut avouer qu’ici on n’en a jamais trop entendu parler par ici…

Alors oui, je dois avouer que j’ai appris plein de trucs car je n’avais aucune idée de tout ça. Mais pourtant c’est pas ce qui m’a le plus frappé à la lecture de ce récit. Ce qui m’a vraiment scotché, c’est les analogies et les parallèles qu’on peut faire avec ce qui se passe chez nous. Car là-bas comme ici, on retrouve les mêmes travers, les mêmes reproches envers les puissants et/ou les politiques. Les histoires de corruptions, de financements occultes de partis politiques, de détournements de fonds publiques, de clientélismes, d’impunités, d’oppression du peuple pour le faire taire, d’abus d’autorité etc. sont d’ailleurs le cœur et les raisons principales de ses révoltes… Mais l’auteur aborde aussi des soucis comme la surpopulations carcérales ou les violences policières qui ont aussi un curieux écho avec ce qu’il se passe par chez nous.

Et franchement lors de ma lecture, souvent j’me suis dit « wah, c’est pas tellement éloigné de certains trucs qui se passent par ici, et de ce qu’on entend revenir régulièrement ».

L’auteur brosse ici un portrait cru de la Corée du Sud à un instant T. Sauf que cet instant T, semble se répéter indéfiniment et un peu partout quand on y réfléchi. Et c’est peut être la plus grande force de ce one shot; l’universalité de son propos. Et pourtant il raconte des faits se passant entre 1980 et 1998 et en Corée du Sud qui était un régime dictatorial y’a pas si longtemps encore !

Ce titre est à lire pour son propos et la qualité de celui-ci mais surtout car ce qu’il aborde dans le fond sont des problèmes qui nous touchent tous.

Le dessin est simple mais expressif et efficace. Comme le découpage et la mise en page. Mais comme ici c’est limite accessoire car c’est le propos qui est vraiment important et bien on s’en fout un peu du coté simple et limite naïf du dessin. En plus ce coté « naïf » ça permet d’alléger un peu le tout car comme je l’ai dit, le propos est dur et sérieux.

Niveau édition, Kana livre ici un taf impeccable. Grand format, sur papier de qualité. Mais surtout une préface de Alain Delissen (directeur d’études a l’EHESS) qui contextualise parfaitement le récit, de judicieuses clé de compréhension émaille le récit et permettent de saisir les différents termes techniques et autres qui permettent encore mieux de saisir le propos… Mais surtout bravo et merci d’avoir publié un tel récit qui m’a remué comme rarement et m’a donné envie d’en savoir plus sur le contexte dans lequel se déroule le récit. Contexte qui je le rappelle encore une fois est réel et dont tous les faits exposés ici ont réellement eu lieu…

Envie de lire un truc qui fait réfléchir et se poser de bonnes questions,? Alors foncez sur Ma vie en prison…

Découvrez les 49 premières pages : https://www.kana.fr/ma-vie-en-prison-extrait-chapitre-1

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