Matrix et le ruban de Moebius ∞

~ Article contenant du spoil~

Que peut-il bien se passer dans le monde qui compose un ruban de Moebius ? Là où tout ce qui s’enchaîne n’est que le reflet d’un événement ayant déjà eu lieu.  La mécanique de notre monde et son quotidien en est un réceptacle, à la suite de ces répétitions, notre conscience se débat tant bien que mal. Ce à quoi une impression étrange se produit, une sensation particulière parcourt nos sens et décale notre perception de la réalité et sera nommée « déjà-vu ».
Matrix avait créé son propre ruban pour tenter de s’en défaire dans la conclusion de sa trilogie. Il devenait donc contre nature d’imaginer une suite, cela sous-entendrait que le ruban se reformerait et rendrait caduque l’intégralité des actions de ses héros. Mais voilà, il y a bien un quatrième film qui se nomme Resurrections qui est là et qui remet en jeu sa finalité. 

Du coup, est-ce une anomalie d’imaginer une suite dans un univers qui se veut répétitif ? Revenant à ses fondements, quitte à réexploité de façon imprécise des événements clefs, voire ses propres personnages ? Matrix 4 est une suite et un remake, il s’inscrit dans la continuité de son univers mais reforme un nouveau départ. Ce dernier ne peut plus être identique au premier film, le parcours initiatique est désormais consommé. Il reste à ses personnages Neo et Trinity, qui ont perdu la vie dans la fin de Revolution, de revenir du puits de Lazare pour perpétuer ce qu’ils font de mieux, lutter à grand coups de kung-fu et tirades drastiquement mélodramatiques. 

Ce retour passe forcément par sa figure de proue, Neo/Thomas Anderson. Sa présence est forcément signe de nombreux sous-entendu. Une lutte se prépare et l’adversaire ne sera autre que la matrice. Ce qui amène inexorablement le retour du spectateur face au grand écran qui perpétue à sa façon ce nouveau cycle. Néanmoins, notre élu n’est plus aussi flamboyant qu’à nos souvenirs. Épuisé avant même de commencer son combat, il n’est plus aussi à l’aise avec ses repères que lors de sa précédente escapade virtuelle. Il est downgradé et en décalage avec l’époque qu’il redécouvre mais surtout, il est désormais seul.  

Sa nouvelle quête passe donc par ce besoin de se retrouver et si cela passe par une nouvelle lutte, le fond lui a changé. C’est à la recherche de Trinity, hackeuse de talent, que se situe le cœur de l’intrigue. Cette quête se découpe en deux parties, une pour retrouver le corps dans une zone hautement surveillée des machines, la seconde avec Neo qui aura pour tâche de retrouver la « personne » reformatée de Trinity dans la matrice et l’encourager à rejoindre la réalité. 
Ce quatrième film prend ainsi à contre-pied le premier des aînés, où l’intrigue se formait autour de la naissance et l’éveil de Neo. Ici, c’est à ce dernier de trouver et voir l’éveil de sa partenaire de toujours afin de former un nouveau ruban aux allures différentes.


Avec Matrix Resurrections , il devient légitime et normal qu’il y ait cette anomalie. D’ailleurs, tout Matrix se construit autour de cette anomalie qu’est l’existence de Neo et de ses actions. Sur la vie de Trinity, sur l’existence de l’agent Smith, sur la paix temporaire Homme/Machine, … 
Un peu à l’image de ce nouveau Morpheus, aujourd’hui, devenu un programme qui est l’union de deux contre-codes, celui du Morpheus original et de l’ancien agent Smith. Ce film qui devait juste être un fantasme existe bien.
En ce sens, il se hacke lui-même ses propres scènes clefs pour faire avancer ses héros et revoir sa copie dans une vision plus lointaine qu’un « what if » ou d’un remake fainéant. Une prouesse qui ne peut se faire que si on est conscient de sa propre nature et de ce qui a été laissé par ses précédents films, à l’image d’un Neo qui tente de retrouver ce qui le définit avec Trinity

Dans cette tentative de revoir son contexte, il est important de ne pas ignorer cette la génération d’humains libérés qui se veut tout aussi fougueuse et qui profite des fruits de la lutte de la précédente génération. Grâce aux événements antérieurs, ils ont une vision moins manichéenne des machines et apportent un vent de fraîcheur sans pour autant être bêtement naïf. Shion n’est plus, mais sa descendance bénéficie d’un esprit plus avancé et sait jouer de l’héritage acquis en venant en aide à Neo, dans son parcours. Le mot d’ordre est toujours la survie mais se fait dans un état d’esprit différent de ce qu’on avait vu, notamment avec l’équipage du Nebucadnetsar qui était à la fois fatigué et blasé. Ainsi, jusqu’à ses nouvelles figurent, le miroir prend forme et déforme ce qui avait été instauré. 

Lana Wachowski retisse Matrix en exploitant la même méthode, les mêmes matériaux mais pas forcément dans le même but que la fois précédente. Elle est parfaitement consciente de son contexte et en joue dans quelques séquences quitte à rompre l’équilibre de son propre film et de le remettre sur les rails, tout de suite après. Tout reste bienveillant envers son œuvre à l’image d’un parent qui revoit aujourd’hui son enfant adulte et se remémore quelques moments clefs. Elle sait que, malgré l’éducation offerte à ce dernier, il ne lui appartient pas et continuera son bout d’aventure de son côté. Le Matrix qu’on a connu n’est plus, mais le nouveau garde un potentiel conséquent qui n’a rien à envier à ses prédécesseurs. 

Le ruban de Moebius est reformé, mais son énergie n’est définitivement plus pareille et c’est tant mieux. 

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