Avaler la terre [Manga de O.Tezuka]

J’aime Tezuka et donc forcément si un Tezuka sort (ou ressort) je me jette dessus les yeux fermés! 

Ca raconte quoi ?

Sur son lit de mort, Zephirus qui maudit l’humanité, demande à ses sept filles de réaliser ses dernières volontés : détruire l’argent, déstabiliser les lois et la morale et prendre sa revanche sur les hommes. Se faisant passer pour leur mère, les orphelines exécutent son plan machiavélique.

Grâce à la diffusion mondiale du Dermoid Z, une peau synthétique pouvant imiter quiconque à la perfection, tout un chacun usurpe l’identité d’autrui.

C’est le début du chaos à tous les niveaux de la société.

Verdict

Avaler la terre est une œuvre relativement courte et complète qui compte vingt chapitres (renommés « épisodes ») étalés sur un peu plus de 500 pages. On apprend dans la postface que le titre a été créée pour le tout premier numéro de la revue de manga pour adultes Big Comic, qui publiera aussi par la suite des titres comme Ayako, Barbara, MW ou I.L.

Bref,

Avaler la terre se base sur un postulat plutôt simple mais audacieux : Est-il possible de détruire la société telle qu’on la connaît actuellement ?  Et si le manga a été écrit et dessiné en 1968, il faut avouer que son propos, son argumentation et une partie de ce qu’il décrit reste diablement d’actualité ! Ce qui commence par une histoire de vengeance finit par se muer en conspiration mondiale. Et au centre de tout ça, un gars qui a pour seule passion l’alcool qui essaie de dépatouiller tout ça et surtout de SE dépatouiller de tout ça, car il n’a rien demandé dans le fond et se retrouve mêlé à tout ça, un peu par hasard…

Au travers de cette histoire de vengeance, Tezuka décortique au fil de son intrigue, tout ce qui fait les grandes lignes de la société, ses jalons, son économie et même si cela reste fantaisiste, le déroulé que Tezuka met en place pour détruire totalement cette société a quelque chose de réel et quelque part d’angoissant. Car s’il suffit de remplacer certains dirigeants divers, de jeter le discrédit sur les principales institutions, de dévaluer le cours mondial de l’or (sur lequel la plupart des nations font reposer leurs économies), mettre des états totalitaires en place pour justement essayer de gérer ces crises, états qui vont évidemment aller trop loin pour réguler le chaos, on se dit que notre société moderne ne repose finalement pas sur grand-chose. C’est limite un peu flippant et pour moi, une des forces de ce One Shot c’est d’arriver à mettre en place une histoire aux messages forts et qui tient la route, mais avec ce qu’il faut de décalage et de fantaisie pour que ça reste une histoire et qu’on ne tombe pas totalement dans la déprime… Car ici certaines choses, comme le racisme, la pauvreté, le patriarcat, les préjugés et autres joyeusetés sont passés à la moulinette de Tezuka et abordés frontalement dans le récit. Sans oublier le fait que les Hommes soient pour la plupart des porcs et cèdent à la moindre jolie femme, qui devient presque un ressort scénaristique du récit.

Tezuka livre ici un récit complet et rythmé qui se tient de bout en bout et avec ce qu’il faut d’action via un petit coté thriller/suspense pas dégueu, et d’humour (via le perso principal constamment en décalage notamment) pour ne pas devenir lourd et bêtement moralisateur. Il pose une histoire avec évidemment un point de vue mais livre les différents profils et motivations de chacun et laisse le lecteur juge de faire ses propres constats. Y’a quelques passages mous, voir un peu décousus mais comme Tezuka l’explique dans la postface, il en était conscient et savait qu’une histoire diffusée en épisode risquait de souffrir de ce type de défaut avant même de la commencer.

Comme toujours avec Tezuka, son dessin et sa composition sont partie intégrante du récit. S’arrêter au côté « bon-enfant » du dessin est une erreur à ne pas commettre tant il y plus à voir. Sans parler de l’inventivité de Tezuka au niveau du découpage et du séquençage de ses cases qui appuient constamment la narration.

Avec tous ces ingrédients, on obtient un récit à rebondissements, dense et prenant qui quelque part se veut aussi un constat sociétal. Et sans paraitre pessimiste, qui laisse peu d’espoir au vu de sa conclusion.

Niveau édition, Flblb fait bien les choses. Pour 20€, on a un beau pavé moyen format, couverture souple mais épaisse, papier de qualité, impression bien noire, nette et sans bavure. La traduction par Jacques Lalloz et Patrick Honoré est fluide et rondement menée. La postface où Tezuka situe la série dans son contexte de publication est super intéressante et perso j’adore ce genre de petit plus, surtout quand il s’agit de titres/auteurs patrimoniaux.

En résumé, c’est du bon Tezuka, pas son meilleur je le reconnais, mais du tout bon qui vaut la peine d’être lu. Surtout si on aime Tezuka…

Article rédigé dans le cadre du Osamu Tezuka Challenge

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